LA DEPRESSION SAISONNIERE ET
LA LUMINOTHERAPIE
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Jean Claude NELLER , Psychologue clinicien |
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ZESTRESS : Ces derniers temps, on parle
beaucoup de luminothérapie, pourriez-vous nous en dire
quelques mots ?
JEAN CLAUDE NELLER : C’est un moyen simple, efficace
et médicalement reconnu pour lutter contre la dépression
saisonnière, certains troubles du sommeil, le décalage
horaire…S’agissant de la dépression saisonnière,
c’est la thérapie de choix.
En France, on utilise également les termes de photothérapie
ou luxothérapie.
ZESTRESS : Comment caractériser la
dépression saisonnière ?
JEAN CLAUDE NELLER : Cette dépression est due à
un manque de lumière et d’ensoleillement. Elle
apparaît quand les journées raccourcissent et
s’assombrissent. Par exemple, le niveau de luminosité
diffusé par le soleil passe de 50 000 lux l’été,
à 500 lux en hiver, alors que l’on estime généralement
que pour conserver notre équilibre interne, cette intensité
doit dépasser 2 000 lux au niveau des yeux.
ZESTRESS : quels sont les symptômes
de cette dépression, plus connue sous le nom de Trouble
Affectif Saisonnier, ou TAS ?
JEAN CLAUDE NELLER : Les symptômes du TAS sont les
mêmes que ceux de la dépression majeure : un
besoin excessif de sommeil, des états de fatigue chronique,
un manque général de dynamisme d'intérêt
et de motivation, une prise de poids, un manque de concentration...
Toutefois, le diagnostic met en avant un point essentiel pour
reconnaître la dépression saisonnière,
c’est son rythme récurrent. C’est à
dire qu’elle apparaît régulièrement
aux environs du mois d’octobre, puis que ses manifestations
diminuent pour disparaître aux environs de mars- avril.
De plus, et c’est le second symptôme, ce cycle
dépressif, se répétera l’année
suivante.
ZESTRESS : La dépression saisonnière
est elle un phénomène important ?
JEAN CLAUDE NELLER : Tout à fait, puisqu’un
grand nombre de personnes se plaignent durant les mois d’automne
et d’hiver de différents troubles relevant du
TAS, mais dans des manifestations légères. On
estime en général, qu’environ 10% à
20% de la population de notre pays serait concernée
par cette forme ‘’légère’’
du TAS. C’est donc un phénomène de santé
très important.
Le TAS est plus préoccupant, quand il atteint le stade
de la dépression sévère. Les statistiques,
qu’il faut citer avec quelques précautions, font
ressortir généralement que cette forme du TAS
concernerait environ 2% de notre population. On évoque
assez régulièrement le chiffre de 3 % à
6 % de la population nordique, ou celui de 10% pour la population
canadienne.
Le TAS affecte majoritairement les femmes, mais surtout il
affecte les enfants, pratiquement dans la même proportion
que les adultes. Cela pose problème car chez l’enfant,
l’état dépressif sera plus difficilement
décelé. Si par exemple ses résultats
scolaires ont baissé, que l’enfant présente
des difficultés de concentration ou à soutenir
les rythmes scolaires, ses parents estimeront que celui ci
devient paresseux, qu’il se ’’laisse vivre’,
alors qu’il s’agit en fait d’une véritable
maladie.
ZESTRESS : La luminothérapie s’adresse
elle aussi à la forme légère du TAS ?
JEAN CLAUDE NELLER : Tout à fait. Ces symptômes
même légers peuvent affecter assez sérieusement
la qualité de vie, d’autant qu’ils sont
appelés à durer près de cinq à
six mois.
ZESTRESS : Pourquoi certaines personnes
sont elles affectées sévèrement par le
syndrome du TAS, alors que d’autres le sont à
un niveau moindre, et d’autres enfin pas du tout ? En
fait quelles sont les causes de ce trouble ?
JEAN CLAUDE NELLER : Là-dessus un certain nombre d’hypothèses
ont été avancées L’explication
la plus généralement retenue est celle d’une
perturbation de leurs rythmes circadiens ou journaliers, c'est-à-dire
de leur horloge biologique.
Cette perturbation peut avoir plusieurs causes : une mauvaise
adaptabilité à la période octobre-novembre
avec une production plus importante de mélatonine,
un dérégulation des phases ou de l’amplitude
du rythme circadien, une sensibilité particulière
de leurs photorécepteurs rétiniens….
On constate aussi fréquemment chez ces personnes une
sécrétion de mélatonine en quantités
très importantes durant la journée, alors que
cette hormone est normalement secrétée le soir,
avec la venue de l’obscurité. Aussi, la lumière
utilisée à des fins thérapeutiques amène
une correction de ces troubles de leur rythme circadien.
ZESTRESS : Comment la lumière agit
elle sur le TAS ?
JEAN CLAUDE NELLER : Il existe notamment deux hypothèses.
Dans la première, la lumière agirait sur l’épiphyse,
une glande synthétisant la mélatonine. Dans
la seconde hypothèse, la lumière agirait au
niveau des neuro transmetteurs comme la sérotonine
et la dopamine.
ZESTRESS : Qu’en est-il maintenant
de la luminothérapie appliquée aux troubles
du sommeil ?
JEAN CLAUDE NELLER : Les troubles du sommeil sont parfois
dus à un dysfonctionnement de notre horloge biologique
interne. Il existe des pathologies où le sommeil vient
soit trop tard, soit trop tôt, soit à des heures
tout à fait irrégulières.
Quand le sommeil vient trop tôt, le traitement de luminotherapie
en fin d’après midi va viser à faire reculer
l’heure d’endormissement, et donc à recaler
le patient sur un rythme normal.
Quand le sommeil vient trop tard c’est le même
traitement mais appliqué le matin pour obtenir l’effet
inverse d’avancement du rythme. Enfin, il existe un
traitement de luminothérapie spécifique pour
les personnes soufrant de troubles dans la continuité
du sommeil.
Dans ces cas, de nombreuses personnes se font prescrire des
médicaments. Or la prise de somnifères ne permet
pas de recaler notre horloge biologique sur son ‘’horaire’’
normal, comme le fait la luminothérapie. C’est
en ce sens que la luminothérapie est plus efficace
en matière de troubles du sommeil qu’un tranquillisant
ordinaire.
Ceci a été vérifié notamment en
matière de troubles du sommeil spécifiques aux
personnes âgées. Chez celles-ci, il se produit
fréquemment que leur rythme journalier soit ‘’en
avance ’’, ce qui les amène à se
coucher trop tôt, puis à se réveiller
dans la nuit avec de grandes difficultés à retrouver
le sommeil. Le résultat c’est un nombre d’heures
de sommeil inférieur à celui dont ils éprouvent
physiquement le besoin, mais surtout, une baisse de leur niveau
d’énergie, des états chroniques de fatigue.
Pour ce phénomène assez connu, il existe un
traitement spécifique de luminothérapie, qui
permet de recaler le rythme interne de ces personnes.
ZESTRESS : Comment se déroule concrètement
une séance de luminotherapie ?
JEAN CLAUDE NELLER : Une exposition à la lumière
est administrée, dans des conditions déterminées,
régulièrement à la même heure,
en général le matin. Le traitement commence
par des séances assez courtes, d’environ 10 minutes,
pour arriver graduellement à 30 minutes.
Cette séance peut être pratiquée soit
en hôpital ou en clinique, soit à domicile. Les
lampes de luminothérapie sont des appareils électro-médicaux,
réglementés par une directive européenne.
Ce sont des lampes sans émission de rayons ultraviolets,
et avec un verre spécial pour filtrer les éventuelles
émissions résiduelles d’infrarouge. C’est
un produit médical sécurisé, et réglementé
avant la mise sur le marché.
S’agissant de l’usage, il suffit que les yeux
de la personne soient dans le champ de la lumière.
La lampe peut être placée sur une table ou un
bureau où l'on peut s'installer pendant le traitement.
Celui-ci consiste simplement à s'asseoir près
de la lampe allumée et à garder les yeux ouverts.
On peut lire ou écrire, prendre le café, se
maquiller...Il est surtout important de garder la tête
et le corps orientés vers la lampe.
C’est une thérapie confortable et qui s’intègre
parfaitement dans les activités quotidiennes du patient
ZESTRESS : Qu’en est il des résultats
?
JEAN CLAUDE NELLER : Au terme du traitement, les données
médicales font en général ressortir des
résultats bénéfiques chez plus de 80
% des patients. En général, les premiers résultats
positifs apparaissent au bout de trois ou quatre séances.
ZESTRESS : La luminothérapie
présente t-elle des effets secondaires ?
JEAN CLAUDE NELLER : Habituellement, la luminotherapie est
très bien tolérée. Les légers
inconvénients qui se présentent rarement peuvent
être corrigés par des moyens simples, par exemple,
diminuer le temps d’exposition, ou s’éloigner
un petit peu de la lampe.
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