Illuminez votre vie
| |
|
|
| |
|
|
|
|
"Brighten your life" ,
Docteur Daniel F. Kripke
Traduction par Mr Delanoë
|
|
| |
|
|
Chapitre 1 : Nous nous fanons dans l'obscurité
1.A. L’insuffisance de lumière
dans le monde moderne
1.B. Les mesures de la lumière
1.C. Notre expérience de la lumière
Les gouffres ténébreux du désespoir,
le cœur de l’obscurité, l’humeur sombre
ou ténébreuse. Ces expressions expriment en
fait ce que les êtres humains ont toujours éprouvé
ou ressenti. La tristesse va de pair avec l’obscurité.
Songez à une personne ayant vu la lumière.
Songez quelque chose de scintillant. Songez à la façon
dont on exprime un grand amour : ‘’Tu es le soleil’’.
Nous ressentons en fait que la lumière nous rend plus
heureux.
Mettez une rose ou un pétunia à l’intérieur
d’un appartement, et elles se faneront. Transplantez
un arbre fruitier à l’intérieur d’un
appartement, et il ne produira plus aucun fruit d’aucune
sorte. Seules quelques plantes d’intérieur peuvent
fleurir dans une maison. Il en va de même des êtres
humains.
L’être humain était appelé à
vivre à l’extérieur. C’est une part
de ce qui fait de nous des êtres humains. Probablement
quelque part dans l’histoire de l’évolution,
peut on trouver dans le temps des singes ou chimpanzés,
grimpant le long des arbres, et vivant au cœur de forets
sombres et enchevêtrées. A l’inverse, quand
nos lointains ancêtres devinrent humains, ils se déplacèrent
vers des régions équatoriales et des savanes,
et devinrent ainsi capables de se déplacer plus loin
et d’aller chercher leur nourriture plus loin. Certaines
saisons connaissaient toujours des journées de grand
soleil, d’autres des journées de pluie, mais
il faisait toujours clair, à hauteur de l’équateur,
là où ils vivaient. La plupart du temps il y
avait à peine l’ombre d’un nuage. L’acquisition
de l’intelligence humaine se fit en vérité
dans ces régions très ensoleillées et
lumineuses. C’est pour un tel mode d’existence
que nos organismes furent conditionnés.
Quand l’être humain s’est sédentarisé,
nos ancêtres ont continué de vivre à l’extérieur.
C’est à l’extérieur qu’ils
chassaient, pêchaient, faisaient de l’élevage
ou faisaient la guerre. C’est à l’extérieur
également que les femmes cultivaient, recueillaient
la nourriture, moulaient les grains, assuraient la cuisson
des aliments, ou se livraient à toutes autres tâches.
Aujourd’hui encore, dans les régions les plus
peuplées de notre planète, c’est à
l’extérieur que les gens passent la plus grande
partie de leur temps : en Chine, en Inde et dans plusieurs
pays en voie de développement.
Enfermés, nous nous fanons.
1.A. L’insuffisance de lumière
dans le monde moderne
Ce n‘est que récemment avec le développement
de la civilisation urbaine que l’être humain a
commencé à passer la majeure partie de son temps
enfermé en intérieur.
Dans le cours de ma vie même, les choses ont évolué.
Enfant, je sortais jouer à l’extérieur
de chez moi, presque tous les jours, cela, même en plein
hiver. J’allais à l’école et j’en
revenais le soir à pied, tandis que les enfants d’aujourd’hui
vont en voiture.
Quand la télévision est arrivée, nous
avons commencé de rester plus longtemps à la
maison, mais il nous arrivait encore d’aller jouer dehors,
parce que l’écran noir et blanc ou la radio de
ma jeunesse n’étaient en rien semblables aux
programmes de télévision actuels. Avec les dizaines
de chaînes disponibles sur le câble ou par le
satellite, chacun est sur de trouver aujourd’hui un
programme qui le retiendra à domicile. Les grands écrans
couleur ont constitué en outre une attraction supplémentaire.
Et, comme si cela n’était pas assez, les jeux
vidéo sont alors arrivés, et plus récemment
encore, l’internet.
Le résultat est que nous passons de plus en plus de
temps devant des écrans, et de moins en moins de temps
à la lumière du jour. Ces écrans peuvent
paraître lumineux, mais si nous les regardons dans des
chambres très peu éclairées, c’est
qu’ils dégagent eux-mêmes peu de lumière.
Il y a un autre problème dans les villes d’aujourd’hui.
Adolescent, je pouvais me promener en toute tranquillité
dans la 5eme avenue à New York. Lorsque j’étais
encore étudiant en médecine, je pouvais me promener
la nuit durant, dans tous les quartiers de la ville. De nos
jours, les personnes âgées, plus particulièrement
les femmes, ne se sentent plus suffisamment en sécurité
pour aller se promener dans la grande ville ou aller se détendre
dans un parc. Le résultat est qu’elles passent
de plus en plus de temps enfermées chez elles. La construction
d’équipements sportifs couverts a également
pour conséquence de nous enfermer à l’intérieur,
toujours un peu plus.
Pour mieux appréhender la quantité de lumière
que les américains contemporains recevaient, mes collègues
et moi-même avons mené une étude pour
mesurer le temps que les habitants de San Diego, en Californie,
passaient à l’extérieur. Cette étude
a été menée sur un échantillon
aléatoire de population. Il en ressortait qu’a
San Diego, les gens demeurent à l’extérieur,
exposés à la lumière naturelle, moins
d’une heure par jour en moyenne.
Il est vrai que certaines personnes restent à l’extérieur
des heures durant, pour faire leurs achats, jouer au golf,
flâner sur la plage, ou pour toute autre raison, mais
ces personnes ne sont pas la norme. Il existe un nombre impressionnant
de personnes qui ne s’exposent à la lumière
du jour que dix à vingt minutes par jour en moyenne,
voire moins. D’autres habitants de San Diégo
ne sortent même pas de chez elles pendant plusieurs
jours d’affilée, et ne se contentent que d’un
faible éclairage d’intérieur à
domicile.
Nous avons recensé plusieurs facteurs déterminant
la quantité de lumière que les personnes reçoivent.
La proportion de temps passée à l'intérieur
ou à l’extérieur est le facteur le plus
important. La saison vient ensuite. Ainsi qu’on pouvait
s'y attendre, les habitants de San Diego reçoivent
approximativement deux fois plus de lumière en été
qu’en hiver.
Le temps passé à la lumière du jour
semble être un facteur au moins aussi important que
la saison elle-même, bien que la saison et les caractéristiques
de temps soient difficilement séparables. Nous avons
constaté que des personnes issues de groupes minoritaires
de San Diego recevaient un peu moins de lumière que
des personnes d’ascendance européenne, et que
les hommes passent plus de temps à l’extérieur
que les femmes. Cependant, un peu à notre surprise,
nous avons constaté qu'à San Diego, les femmes
de âgées de 20 à 80 ans semblaient recevoir
toutes, quotidiennement, les mêmes quantités
de lumière naturelle.
N’oubliez pas que San Diego est l'une des villes côtières
les plus plaisantes de la Californie du sud. Nous y avons
plus de jours ensoleillés que dans 80% des villes américaines.
D'ailleurs, à San Diego, il fait rarement trop chaud
ou trop froid pour être à l’extérieur.
La ville de Phoenix est plus ensoleillée que celle
de San Diego, mais si jamais vous vous promenez dans le centre
de Phoenix, en été, vous ne rencontrerez que
très peu de personnes à l’extérieur.
Sous des températures chaudes comme celles que connaît
la ville de Phoenix, les gens trouvent qu’il est plus
agréable de rester chez soi avec l’air conditionné.
Une utilisation plus répandue de la climatisation est
également un facteur supplémentaire qui incite
les gens à rester chez eux.
Avec des collègues, nous avons comparé l’exposition
à la lumière de habitants de San Diego avec
ceux d’une ville comme Rochester dans le Minnesota.
Rochester est une petite ville charmante dans une région
rurale. En été, les habitants de Rochester restent
à l’extérieur un peu plus longtemps qu'à
San Diego, peut-être parce que les journées d'été
s’allongent plus au nord, ou peut-être du fait
de leurs activités agricoles qui les tiennent occupés
plus longtemps à l’extérieur.
En hiver, à l’inverse, l’exposition à
la lumière du jour des habitants de Rochester est un
tiers moindre de celle des habitants de San Diego. Cette moindre
exposition à la lumière des habitants du Minnesota
n’est pas due au fait que les journées d’hiver
y sont plus courtes. Mais la plupart du temps en hiver, le
Minnesota est une région trop froide, pour que l’on
reste dehors plus que de besoin.
Dans de plus grandes villes, les gens reçoivent une
quantité de lumière moindre qu'à Rochester
parce que celles ci sont désormais conçues pour
une vie dessous le sol. Dans une ville comme Toronto, une
personne peut prendre le métro pour aller à
son travail, déambuler dans des sous-sols pour se rendre
à son bureau ou aller faire ses courses, sans jamais
s’exposer à la lumière extérieure.
1.B. La mesure de la lumiere
Nos yeux s’adaptent si facilement aux différents
degrés de luminosité, qu'il nous est difficile
de réaliser à quel point l’intensité
lumineuse est plus bien plus grande à l’extérieur
qu’à l'intérieur. Dans la mesure où
notre oeil peut difficilement mesurer l’intensité
de la lumière, les appareils photo modernes contiennent
des photomètres. Le photomètre de l’appareil
indique que votre film a besoin d'une seconde d’exposition
pour un plan d'intérieur sans flash, alors que la même
pellicule saisirait une scène d’extérieur
en un 1/1000eme de seconde. Ce qui fait une différence
de l’ordre de un à mille.
Examinons ce que les photomètres scientifiques nous
enseignent sur l’intensité lumineuse de nos différents
environnements. Les photomètres modernes mesurent la
lumière dans une unité appelée lux.
Le lux est une mesure indiquant l’intensité
de la lumière avec laquelle les choses sont éclairées.
Un lux équivaut à l'éclairage produit
par une bougie sur un mètre de distance dans une salle
obscure.
Une mesure plus ancienne, le ‘’foot candle’’,
est l'éclairage produit par une bougie sur une distance
d’environ 30 centimètres (un pied en mesure anglo-saxonne).
Comme l'éclairage diminue en fonction du carré
de la distance, la lumière équivalente à
un lux correspond environ à un dixième de la
lumière équivalent à un ‘’foot
candle’’. Très exactement à 0929%.
De même, l’éclairage, encore plus loin,
d’une bougie à une distance de 1,82 mètre,
(2 yards), correspond à 1/ 36 de celle du ‘’foot
candle’’, et l’éclairage à
une distance de 3 mètres environ, (10 yards), équivaut
à un centième du ‘’foot candle’’.
La lumière produite sur une distance d’environ
10 mètres par une bougie dans une salle obscure est
d’environ 0.01 lux, ce qui correspond à la luminosité
d’une étoile dans un ciel sans lune. Quand nous
distinguons des formes dans un ciel étoilé,
nous voyons seulement un centième de lux, ce qui représente
la plus petite lumière dans laquelle nous puissions
voir.
En revanche, lors d’une journée ensoleillée
d’été, quand le soleil est haut dans le
ciel, l’intensité de la lumière, lorsque
notre regard est pointé vers l’horizon, est d’environ
10.000 à 20.000 lux. Elle pourrait même aller
au delà sur une plage ou sur des pentes de ski enneigées,
mais peu de gens peuvent supporter plus de 20.000 lux, même
pour un court instant. Beaucoup de gens mettent des lunettes
de soleil avant d’avoir atteint les 10.000 lux, si bien
qu’ils n’exposent jamais leurs yeux à plus
de 3000 à 5000 lux.
Vous avez certainement déjà du entendre dire
que la luminosité d’une journée d’été
atteint par temps clair 100.000 lux à midi, quand nous
portons notre regard vers le soleil, mais en fait, nous ne
regardons jamais directement le soleil à midi. Par
conséquent, 10.000 à 20.000 lux est le maximum
que nous puissions supporter au soleil.
1.C. Notre experience de la lumiere
Beaucoup de scientifiques ne réalisent pas la faiblesse
de l'éclairage d'intérieur, parce que les spécialistes
en la matière enseignent souvent que l'éclairage
d'intérieur est en général de 100 à
500 lux. Ce faisant, ils font référence à
des bureaux bien éclairés ou à des centres
commerciaux, (lesquels sont souvent particulièrement
bien éclairés), et ils mesurent alors l'éclairage
avec leurs photomètres dirigés vers les lumières
au plafond, là où personne ne porte en réalité
son regard.
En effectuant la mesure dans les directions vers lesquelles
notre regard se porte plus couramment, nous avons constaté
que la plupart des éclairages d'intérieur étaient
beaucoup plus faibles que 100 lux. L’éclairage
d’un salon est de 20 à 50 lux, voire moins. Celui
d’un bar branché ou d’un restaurant peut
varier entre 1 et 2 lux. Dans une salle de conférence
avec rétroprojecteur, la moyenne est de 1 à
2 lux. Les salles de cinéma se situent quant à
elles en dessous d’un lux. Ainsi, la luminosité
à l’extérieur peut être 1000 fois
ou même 10.000 fois plus importante à l’extérieur
qu’à l’intérieur.
Notre grande surprise fut de découvrir dans quel environnement
lumineux très faible les personnes regardaient la télévision.
Dans une étude récente, la moyenne était
de 31 lux en soirée, mais les pièces où
certaines personnes regardent la télévision
atteignent seulement un lux (un peu comme la lumière
d’une pleine lune). C'est sombre ! Surtout, n’allez
pas penser que l'écran de TV soit lui-même très
lumineux. Il peut sembler lumineux, mais il n'éclaire
en aucun cas une pièce. On ne peut pas lire à
son aise avec pour seule lumière celle de la télévision.
En raison de la très grande variété
des conditions d’éclairage dans lesquelles nous
pouvons nous situer, un éventail très large
d'expériences sur la lumière est possible.
Nous avons utilisé un instrument spécial appelé
un Actillume pour mesurer précisément la quantité
de lumière qu’expérimentent réellement
les gens. L'Actillume mesure a la fois l'activité et
l'illumination (Acti + Illum) Il a été inventé
dans notre laboratoire de San Diego avec l'aide de M. William
Gruen de la compagnie ‘’Ambulatory Monitoring’’,
la compagnie qui fabrique et vend cet instrument. L'Actillume
peut mesurer la lumière (exactement comme un photomètre),
et enregistrer de minute en minute les résultats obtenus
sur sa mémoire informatique, ce, pendant plusieurs
semaines.
En mesurant un groupe aléatoire de 318 volontaires
choisis à San Diego, âgés de 40 à
64 ans, nous avons noté que sur un délai d'enregistrement
de deux jours, les volontaires qui avaient reçu la
quantité de lumière la plus importante, (en
restant à l’extérieur les jours clairs),
connaissaient une exposition à la lumière environ
1000 fois supérieure à celle des personnes ayant
reçu le plus faible quantité de lumière.
Évidemment, ceux recevant le moins de lumière
n’étaient jamais sortis de chez eux pendant la
journée, et même à l'intérieur,
leurs chambres étaient éclairées plus
pour la télévision que pour la lecture. Nous
avons été surpris de découvrir que des
personnes différentes expérimentent plus de
mille variétés d’éclairage. De
telles différences doivent avoir beaucoup de raisons.
L’exposition moyenne à la lumière sur
24 heures d’un habitant de San Diego était de
350 lux pour un homme, et de seulement 278 lux pour une femme.
Une grande partie de la nuit était passée avec
une luminosité pratiquement égale à zéro
lux, et durant le temps d’éveil, on atteignait
en moyenne 500 lux environ. Cela ne signifie pas pour autant
que la majeure partie de la journée soit passée
à 500 lux. Au contraire, pour atteindre une moyenne
de 278 ou 350 lux, un temps réduit, (moins d’une
heure par exemple), est passé sous une lumière
de plusieurs milliers de lux, et tout le reste de la journée
(même pendant les heures où il fait cllair) est
passé en dessous de 100 lux.
Au-dessous de cette exposition moyenne journalière,
nous avons constaté un plus fort taux de dépression.
Pour certaines personnes, une exposition à la lumière
naturelle inférieure à une heure par jour semble
insuffisante à équilibrer leur humeur et peut
devenir une cause de dépression.
Retour haut de page
Retour à la table des matières de l'ouvrage
|