Les mécanismes
physiologiques de la privation de sommeil
C’est bien des années plus tard avec le
développement spectaculaire de la recherche en
chronobiologie que l’explication des mécanismes
physiologiques de la thérapie d’éveil
allait être fournie.
La chronobiologie est la science qui démontre
comment chaque fonction, chaque organe, de notre corps
est régi par une horloge biologique interne fonctionnant
notamment sur un rythme de 24 heures (rythme circadien).
Cette horloge biologique est entraînée
ou synchronisée par des stimulus extérieurs,
également dénommés zeitgebers (donneurs
de temps), synchroniseurs, ou agents d’entraînement.
Cette horloge biologique commande par exemple nos cycles
quotidiens de sommeil nocturne et d’activité
dans la journée, contrôle la production
de sérotonine (hormone d’activité)
et de mélatonine (hormone de sommeil). Dans ces
fonctions, l’un des plus importants agents d’entraînement
de l’horloge biologique est la lumière.
L’absence ou la diminution de la lumière
déclenchent - pour simplifier- la production
de mélatonine. A l’inverse, la survenance
de la lumière interrompt tous les phénomènes
liés au cycle de sommeil, interrompt la production
des hormones liées à ce cycle, déclenche
la production de sérotonine ainsi que celle d’autres
neurotransmetteurs énergétiques.
En matière de SAD, où le traitement de
référence est la luminothérapie,
il a été longtemps estimé que cette
dépression pouvait être combattue par l’exposition
à une lumière forte, des lors qu’elle
avait pour origine la diminution de la lumière
perçue.
Cette explication a été développée
quelques années plus tard par la chronobiologie.
La diminution de la lumière perçue par
l’organisme à des horaires anormaux (par
exemple lors d'une matinée très sombre)
a pour effet d’entraîner chez certaines
personnes un dérèglement de l’horloge
biologique, celle-ci déclenchant la production
des mauvaises hormones à la mauvaise heure. Par
exemple la production de mélatonine en pleine
journée.
L’horloge biologique de ces personnes va alors
connaître un décalage de phase par rapport
au rythme normal de l’horloge biologique.
Plusieurs facteurs peuvent entraîner un dérèglement
de l'horloge biologique, notamment :
- Des facteurs héréditaires assez fréquemment,
la prise de médicaments, ou le plus souvent une
maladie. Comme le note le Professeur Yvan Touitou, responsable
du département de chronobiologie à la
Pitié-Salpêtrière :
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" De nombreuses pathologies s’accompagnent
d’une désynchronisation de l’horloge
biologique, de la simple fatigue jusqu’au cancer,
en passant par l’Alzheimer…. Ceci est une
réalité puisque l’on arrive à
restaurer les rythmes biologiques et l’équilibre
dans le syndrome dépressif saisonnier, grâce
à la luminothérapie".
- Une exposition insuffisante à la lumière
: Il peut s’agir des personnes âgées,
handicapées, très souvent confinées
à leur domicile, des personnes travaillant dans
des locaux aveugles, des travailleurs de nuit.
- Le vieillissement : Avec l’age, notre horloge
biologique tend à créer des problèmes
nouveaux de sommeil et d’humeur : Ainsi les personnes
qui expérimentent la dépression saisonnière
dans leur age mur constatent que leur horloge biologique
s’accélère, les amenant à
se sentir fatigués tôt dans l'après-midi,
ou à se réveiller tôt dans la nuit.
- Des facteurs individuels : Certains d’entre
nous peuvent avoir une horloge biologique fragile ne
répondant pas aux signaux auxquels l’horloge
biologique répond normalement. Par exemple une
simple lumière matinale suffit pour nous réveiller
le matin, mais pour 7% à 10% des personnes, ce
signal n'est pas suffisant.
L’horloge biologique ainsi déréglée
envoie à l’organisme de mauvais signaux
et déclenche la production des mauvaises hormones.
Or, elle produisant notamment de la mélatonine
en quantités importantes durant la journée,
elle pourra aboutir à la création d'un
état dépressif chez l'individu.
Dans le SAD, ce n’est pas la lumière en
soi qui a pour effet de guérir la dépression
hivernale.
Cette rémission est en réalité
produite par la stimulation qu'elle opère de
l'horloge biologique déréglée pour
la recaler sur une phase normale et lui permettre de
déclencher à nouveau la production des
bonnes hormones à la bonne heure.
La chronobiologie fournit le même type d’explication
pour expliciter les mécanismes de la privation
de sommeil :
L’horloge biologique détermine notamment
et essentiellement, nos rythmes de sommeil, notre niveau
d’énergie et de vigilance, enfin notre
humeur. Or ce sont les trois domaines affectés
en priorité par la dépression.
Il y aurait donc un lien entre la dépression
et une horloge biologique ayant cessé de fonctionner,
puisque ses marqueurs principaux seraient tous affectés
: rythmes du sommeil, énergie, humeur de l'individu.
La chronobiologie explique donc que la privation de
sommeil sur une nuit a pour effet de ré-entraîner
notre horloge biologique, apres ce qui pourrait ressembler
à une procédure d'arrêt et de rechargement.
La privation de sommeil permet de faire redémarrer
ensuite le fonctionnement de l’horloge biologique
sur un rythme normal, avec des niveaux normaux d’énergie
et d’humeur.
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