La luminothérapie
Au début des années 80, une poignée
de chercheurs du National Institute of Mental Health
aux Etats Unis eut une idée un peu folle : Puisque
les gens devenaient déprimés quand ils
manquaient de lumière, pourquoi ne pas les exposer
tout simplement à de la lumière ?
Ils songèrent alors à l'expérimenter
sur un de leurs amis, Herb Kern, un ingénieur
de 63 ans qui traversait une dépression profonde
chaque année, à l’approche de l’hiver.
Herb accepta de se prêter à l’expérience.
Ils mirent ensuite au point un boîtier en métal,
recouvert d’un écran en plastique, dans
lequel étaient insérées des ampoules
fluorescentes. Le premier appareil de luminothérapie
était né.
Au terme de trois jours de traitement Herb avait retrouvé
un état de bien être très profond.
La luminothérapie venait de faire ses premiers
pas en soulageant les symptômes de son tout premier
patient.
Depuis ces années, les chercheurs ont multiplié
les essais cliniques qui ont tous démontré
l’efficacité de la luminothérapie
dans le traitement de la dépression saisonnière.
Ils ont permis de mieux comprendre aussi cette thérapie,
au niveau expérimental et théorique.
Néanmoins, très longtemps la luminothérapie
est demeurée assez confidentielle, et largement
méconnue du corps médical. En pratique,
elle s’est développée dans l’ombre
imposante de la thérapie standard en matière
de dépression, c'est-à-dire les antidépresseurs.
Pourtant, comme le rappelait récemment un éditorialiste
de Archives of General Psychiatry : ' Pour le SAD, la
lumière est aussi efficace que les antidépresseurs,
peut-être plus'.
Cette dernière affirmation est corroborée
par de très nombreux essais cliniques.
En 2004 par exemple, des chercheurs canadiens ont soumis
96 patients à un traitement comprenant soit,
20 mg de fluoxétine (une des molécules
d'un antidépresseur célèbre), soit
30 minutes d’exposition à une lumière
de 10.000 lux.
Au terme de 8 semaines de traitement, 67% des patients
des deux groupes connaissaient une amélioration
de leur état. 50% des personnes du groupe luminothérapie
avaient guéri de leurs symptômes contre
54% dans le groupe fluoxétine.
De plus récentes études donneraient désormais
l’avantage à la lumière sur un antidépresseur
célèbre.
L’auteur de cette étude canadienne, le
Dr Lam, s’étonnait d’ailleurs de
la différence de statut existant entre la luminothérapie
et les antidepresseurs : ''C'est une honte qu’un
plus grand nombre de personnes ne puisse avoir accès
à la luminothérapie, cela, uniquement
parce que les médecins ne connaissent pas ce
traitement.'
Toutefois, l’événement majeur intervenait
en 2005, année au cours de laquelle la luminothérapie
était consacrée officiellement par les
associations psychiatriques américaines comme
traitement de première ligne contre la dépression
saisonnière (SAD).
|
|
Une méta analyse initiée par l'Association
Psychiatrique Américaine concluait en effet que
les essais cliniques " rapportaient la preuve que
la luminothérapie était aussi efficace
que les médicaments antidépresseurs pour
combattre les symptômes du SAD ou les autres formes
de dépression."
L’auteur de ce rapport rendait aussi hommage à
la recherche en luminothérapie, qui s’était
développée, depuis l’origine, dans
des conditions assez difficiles :
''L'industrie pharmaceutique, qui affecte des ressources
considérables aux activités de recherches
et de développement, consacre une grande partie
de la recherche expérimentale à la mise
au point de nouveaux antidépresseurs. En revanche,
il n'y a pas eu d’industrie pareillement dotée
ni de marché assez grand pour appuyer le développement
et l’expérimentation des traitements de
luminothérapie''
Toujours est il que, du fait de cette consécration,
une nouvelle ère s’ouvre probablement pour
la luminothérapie,
Or cette consécration allait concerner l’emploi
de la luminothérapie dans le traitement du SAD,
mais également dans un autre domaine d’application
moins connu du public, celui de la dépression
ordinaire, (également dénommée
non saisonnière, par opposition à la dépression
hivernale).
Par une ironie de l’histoire, les premiers essais
cliniques d’utilisation de la luminothérapie
avaient justement concerné le traitement de cette
dépression ordinaire.
Historiquement, la recherche en luminothérapie
s’était quasi exlusivement orientée
vers le SAD, pour en faire l’objet essentiel de
ses expérimentations.
Néanmoins, depuis très longtemps, certains
chercheurs – dont le docteur Daniel Kripke –
ont poursuivi parallèlement leurs tentatives
d’application de la lumière aux patients
souffrant de désordres dépressifs non
saisonniers.
S’agissant de la dépression hivernale
(SAD), la recherche avait permis de dégager tres
rapidement des fondements théoriques et pratiques,
clairs et incontestables.
Mais dans le domaine de la dépression ordinaire,
les résultats se sont souvent révélés
longs à dessiner, contradictoires, difficiles
à interpréter et aucune évidence
ne s’est imposée rapidement.
Cela ne surprend pas lorsque l’on connaît
la difficulté que recèle le traitement
de la dépression, les antidépresseurs
connaissant eux même un taux d’échec
important en ce domaine.
Vingt années de recherches s’achèvent,
mais il est désormais établi que la luminothérapie
a fait la preuve d’une efficacité prometteuse
dans le traitement de la dépression non saisonnière.
|